Posts Tagged ‘textes de Marion’

This is Malta

Monday, April 19th, 2010 by Marion Colle

L’île contenant

un vide.

Dans le vide, le chapiteau

vide.

Soudain le chapiteau s’emplit:

collégiennes en uniformes

crépitements de chips

applause, petits cris, petits bruits.

Le maire, l’élu, le conseillé sont ravis.

Les petites princesses aussi.

Il y a les boxeurs, et leurs entraîneurs – un paquet de bras en joie, de muscles en ribambelles.

Il y a Marc, Balzac et la patronne de l’hôtel dressée sur le gradin comme un grapefruit cocktail.

Il y a des bouteilles d’eau éparses, des papiers gras éventrés, des acrobates assommés.

Et,  surtout, il y a la cousine de Vasil dans sa robe élastique.

Mollet en fleur, bouche en cœur, Katerina sourit:

This is Malta“!

Bord de piste ou bord de mer : les méduses ont envahi l’atmosphère.

Ça pique de partout, les petits pois se cabossent, les lapins prennent la crosse et font des dérapages.

Pour Pâques en procession, méduses, public, politiques et artistes font le tour de l’île en catastrophe.

Le départ approche – Keti  décroche – le ferry part,

démontage, apostrophe, ellipse, embarquement.

L’ambassadeur nous dit au revoir- Keti raccroche, gentiment.

La coupole flotte et dérive à la nage.

Reste une image : la window de Gozo, ouverte sur l’eau. Trouée dans le vide, percée du vent. Enfin, un espace-temps.

Il y a de l’amertume, dans le soulagement.

BONNE ANNEE

Thursday, December 31st, 2009 by Marion Colle

les voeux sont souvent longs…

alors pour 2010 je vous souhaite des rebonds

de la grande vitesse, de l’envol, des prouesses

et surtout de l’amour.

M

Mariage en blanc

Wednesday, December 23rd, 2009 by Marion Colle

Les mariés étaient en blanc

la neige aussi.

ça tombait bien.

Devant nous, dressée comme une icône

l’image -gelée- d’un homme et d’un homme pris dans l’hiver,

et du cortège mouvant de flocons et de musiciens.

L’union était frigorifique

la neige aussi

c’était magnifique.

C’est du direct. Et il est (enfin) question d’Adèl

Wednesday, December 2nd, 2009 by Marion Colle

OFF

“-Ok Fragan, t’es chaud.
-Attends. Ah, c’est bon.
-Je vais faire un truc.
-Fais salto au moins.”

Matthieu crache dans un coin du chapiteau. Fragan détache sa corde, puis crache dans ses mains et monte.

Mât et corde se font face comme deux murs fins. La corde ondule et Matthieu, lui, s’adosse au mât, tranquille.

IN

“-Non mais laisse tomber Fragan, ça sert à rien de faire des efforts, elle ne bougera pas.

-C’est juste une question de temps.

-C’est pas une question, c’est un fait. Même moi elle ne  m’a pas regardée

-Cela ne veut pas dire que moi, elle ne me regardera pas.

-Fragan, je vois que tes mains, elles sont faitguées, tu vas t’écraser et même ta mère, elle ne te reconnaîtra pas.”

OFF

Fragan descend et rigole, Arpad se frappe les mains, Matthieu sourit et boit de l’eau.

C’est ça. C’est ça. Cette scène, c’est ça. Un mec qui se marre et qui a peur parce qu’il n’est qu’une pulsion. Un autre qui parle et s’essouffle, continue de parler puis rassure. Et un mec hongrois qui regarde et qui participe à l’action.

IN

-”T’es con”

OFF

Il y a le centre de la piste et le centre de la lumière et le cercle au centre qui est la lumière et au centre de tous ces centres il y a deux phalus et trois hommes.

IN

“-T’es con

-Ce que tu fais c’est inutile et en plus tu vas t’écraser la gueule.”

OFF

Et Adèl, entre la corde molle et le mât dur, entre le français et le hongrois, entre voyelles et consonnes.

Elle dit “si si si”. C’est quelqu’un, Adèl. Adèl.

Petit portrait de dos: bonnet à pompon blanc. Jean. Pull tricot, cheveux lâchés, jambes croisées, stylo à la main. Ses épaules bougent. Ce qui frappe, c’est qu’elle a une main dans la poche et une main sur le papier. Et deux langues en bouche. Au même instant.
De trois quart maintenant, on voit l’arête de son nez. C’est une dame poupée qui aurait échappé à la poussière, par miracle. C’est une dame avec de grands yeux. Là, on ne les voit pas, on les devine. Mais ses yeux sont écarquillés comme piqués d’étoiles et surtout, ils sont doux et laissent le regard se dérouler, comme une pelote de laine.

premier filage

Sunday, November 29th, 2009 by Marion Colle

Le premier filage était long mais le spectacle est là maintenant, entre nos mains comme une grande machine dont il faut huiler la mécanique.

On est comme des ouvriers qui doivent trouver leur place dans la chaîne de production.

Et en même temps, on est tout sauf ça. On est tellement libre que tout est encore possible.
Renverser l’histoire, donner du rebond à la dramaturgie, aérer, densifier, partager encore davantage de choses, d’émotions.
Les relations entre nous, hommes, femmes, circassiens, équipe technique, metteur en scène, traductrice, assistant, école, ville, sont nourries du désir d’aller à la rencontre du spectateur. Et pas n’importe lequel : l’enfant. Et la mère de l’enfant.

C’est un spectacle d’hommes qui s’adresse aux femmes et aux enfants d’abord. Parce qu’il faut sauver la création avant que le désir de créer s’arrête d’un coup, comme lorsqu’il y a une coupure de courant et que tout devient noir.
On a pris des lampes de poche et des bougies et on est remonté en arrière.
Je ne crois pas qu’on ait reculé.

Car c’est quelque part ici que toute cette histoire a commencé. Dans le ventre d’Arpad.

Julie toute jolie

Wednesday, November 18th, 2009 by Marion Colle


Oh mais oui Julie est une fille… Elle est libre comme l’air, elle s’en fout, elle s’envole, elle n’a besoin de rien ! Elle se porte comme un charme, elle est le charme, elle charme, elle danse comme un serpent, elle ondule, elle tribule, elle fabule, elle a tous les droits, elle aime tous les instants, les moments, les chaleurs, les choses, elle est douée, elle a sonné , quelqu’un a ouvert la porte ! Non elle n’a pas sonné ! Elle est entrée toute seule ! Rien à foutre ! Pas sonné, pas frappé ! Pas voulu savoir ! Elle est entrée et puis c’est tout et soudain c’était la maison, elle était chez elle.

SEX IN THE AIR, Audrey et Sam

Monday, October 12th, 2009 by Marion Colle

1. Ça lui fait une drôle de tête à Sam, pendouillé à l’envers. Une sorte de golgothe pas content.

SEX IN THE AIR

Est ce qu’Audrey est sexy ? Est-ce qu’Audrey est toujours sexy ?

Est-ce que Sam est puissant ? Est-ce que Sam est toujours puissant ?

SEX IN THE AIR

C’est quoi l’érotisme ? Avec mon corps ? Avec quel bout de mon corps ?
Ma langue, mon corps, tes mains, mon pied, prends mon pied, et surtout, regarde moi dans les yeux, c’est plus fort.

Si je te parle en anglais, ou si je te chante une chanson, est ce que c’est «plus sexy » ?

Un saxe c’est sexe. J’adore ton saxe[1].

2. Avec la mélodie de l’amour

J’ai envie de quelques notes, d’un air de jazz, d’être dans tes bras et dans un bar à la fois, que des inconnus me regardent.

Ne me jette pas. Pas encore.

Le vent souffle la toile, notre vie est comme une tente, prête à l’éventrement.

J’ai envie de quelques notes, d’un air de jazz, du souffle rauque du saxophone sur mon cou, sur mes épaules, l’odeur du cigare, le tangage d’un bateau.

Roulis, roula.

Roule moi dans tes bras.

J’ai envie de toi, de quelques notes, de toi, de quelques notes. D’être seule au milieu de la mer et que les oursins me pénètrent.
Et toi ?

Moi j’ai envie d’être Neptune accoudé au comptoir, de boire une bière, de te mater et de toucher tes seins. D’être près de toi, le plus près possible, le plus longtemps possible. Tu comprends ? Tu veux bien comprendre ?

12 octobre 2009



[1] Blague homologuée/ COPYRIGHT J.Charmillot (in Les bonnes blagues d’un suisse, Editions Petit Lard, 2009)