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THE END

Thursday, August 12th, 2010 by Marion Colle

CHERS TOUS LAPINS, FAMILLE, AMIS

bonne route à tous et à toutes

“be brave”

the show always goes on

Prologues de Belgrade

Sunday, August 1st, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbits, du 31 juillet au 7 août

Relié

Il y a entre la piste et moi un long fil continu, un long fil tissé de larmes, d’attentes, d’escargots, d’allers, de retours, de venues improbables, d’histoires rares, de passé, de présent-

de présent tellement présent

il y a aussi des fils invisibles qui vont de l’intérieur de moi vers le monde, il y a mille fils qui vont de moi vers la piste et de la piste vers le monde

ces milliers de fils tissent une grande toile, forment des liens -invisibles certes- mais profonds, des liens si profonds qu’il n’y a rien de serré, de compact, juste de la transparence pure.

Il y a entre tous ces fils des images en errance

et entre toutes ces images en errance des fils enroulés sur eux-mêmes comme de petits chiots sages et humides.

Il y a aussi des fils errants des fils solitaires des fils qui vont du monde vers le ciel et se perdent entre les regards des dieux.

On n’y suspend parfois, dans le doute.

Etouffé

un filet d’air un brouhaha quelques voix et déjà

un filet de voix – ta voix- et celles de tous ceux qu’on aime déjà

un filet d’eau, qui part de la source, et alimente toutes les sources

tous les cours d’eau, toutes les rivières -rivières et affluents

un filet d’air: un filet d’amour pris dans un filet d’amour

à la pèche nous sommes nombreux et souvent de plus en plus nombreux

heureusement il y a sur la terre juste assez de hauteur pour être si nombreux à lancer sa ligne

un filet de brouhaha de l’air vite nous pouvons étouffer d’une minute à l’autre, nous pouvons ne plus aller vers aucune évolution et rester seul dans une solitude sans fond sans faille une solitude qui ne fait aucun bruit, une solitude qui prend feu qui prend feu une solitude où l’humaine condition prend feu où il n’y a plus aucune chance de voir s’élever

un filet de terre

autant prendre de la vitesse et de l’avance

autant prendre dans ses filets le plus de pierres et de souvenirs possible

et les emener avec amour.

Bercé

J’apprends à becer la lumière

je prends le rayon solaire, le le reçois -puis je le réduis en poussière.

Puis j’apprends à nouveau à aimer la lumière.

Il y a chaque matin un soleil plus franc que la veille il y a chaque jour nouveau de la joie à se tenir là -face au soleil

la franchise de ses rayons me berce -ou l’inverse

je ne sais pas toujours voir dans la lumière

mais je vois ma main -elle est toute autre

j’apprends à bercer la main autre prise dans un rayon

j’apprends à être celui que je suis dans la lumière

la lumière est là

le jour l’emporte

je veux croire que le jour l’emporte toujours.

JE SUIS SEUL DANS UNE PIECE NOIRE ET SOUDAIN-

parce que je sais d’où vient la lumière, je peux donner de la clarté à toute chose, je peux donner de la vivacité à mes paroles

glisser le soleil à l’intérieur du langage,

feuille d’or entre les feuilles d’or.

Troué

Pas à pas un bruit pas à pas je regarde

ce qui entre ce qui sort ce qui entre à nouveau ce qui resort

petit à petit se construit une origine

dans ma famille il y a une façon de se regarder et de ne pas prendre en compte l’image de l’autre il y a une manière de se parler de se toucher le cerveau de se gratouiller le creux de la main avec le brin d’herbe de se mettre en chagrin de porter le chemin de ranger les affaires une par une puis toutes par toutes puis plus aucune

il y a une manière d’ouvrir la fenêtre et de voir parfois entre les gouttes quelque chose qui ressemble à une immense tendresse

il y a dans ma famille l’innaccueil la précipitation le précipité propre à chaque famille toute une mythologie qui commence avec la peur et continue dans la peur pour finir par se mordre la queue

sur une piste

quand l’homme qui est en moi devient la femme que je suis je sens

que je reprends souffle

ma mythologie est une bête sur une feuille d’arbre

elle n’est pas plus grande que ça, elle prend l’espace et le troue.

Radoté

l’écho répond présent

puis l’écho me reprend: cela commence par une longue vibration dans le ventre, cela remonte par l’échine, le long du dos, entre les omoplates, dans le cou -cela fait des frissons- il y a comme une lente remontée de l’émotion qui passe par tout le corps

j’y réponds

mot pour mot pour mot pour mot

l’écho me reprend comme une malédiction

mile choses reflétées mille pensées mille manières de se répéter

radot pour radot pour radot

le mot radoté rapporte gros, il y a-avec la petite distance du radotage- la possibilité d’une complicité, l’espace du “mot en trop”

il y a parfois aussi dans le mot radoté une autre image que celle à laquelle on s’attendait

le mot est l’écho de l’émotion traversée

elle est l’écho de sa propre sonorité

il remonte à la source.

Fini

Pour la dernière, on pourrait se mettre tous et toutes autour d’un feu, on pourrait se tenir par la main et tenir aussi des bougies dans la nuit qui feraient de petits halos autour de nous

Pour la dernière on pourrait tous se cacher les uns derrière les autres, faire de petites colonnes, de petites enfilades, se mettre en cercle dans un couloir et respirer le peu d’air

Pour la dernière on pourrait vite vite vite courir après la nuit comme dans un mauvais rêve du sang dans les yeux les yeux au fond des poches une écharpe mauve au cou de quoi manger dans un sac ou dans le ventre

on verrait la nuit devant nous et on foncerait droit sur elle

pour la saluer

Et ce serait le matin

on aurait fini de tourner, on aurait fini de se retourner, de reprendre, de recommencer les mêmes gestes

on en aurait fini avec la nuit qui revient sans cesse.

Pour parler ensemble,

il ferait jour.

Prologues de Pécs

Sunday, July 25th, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbits, du 23 au 25 juillet 2010


Matin


Le bel endormi il ouvre la fenêtre

je me tiens entre son rêve la fenêtre et le monde réel

je lui demande qui je suis

je lui demande d’où je viens

je veux pousser la fenêtre

il me répond que j’ai l’air triste sur la photo et il montre du doigt

quelque part à sa gauche

entre son rêve la fenêtre et le monde réel

Je pense souvent à cette fenêtre

je lui demande s’il pense que je suis une fenêtre

je lui demande d’où je viens et il me répond que je suis sa fenêtre que je suis ouverte et que je donne sur la rue

Il y a de concert entre nous comme une lente évolution du doute vers l’incertitude puis de l’incertitude vers le jour

Je veux pousser la fenêtre

je veux construire un autre monde

Non l’homme idéal n’est pas mort

non l’homme idéal n’est pas mort et la femme est comme un gros fruit mûr

prête au panier.

L’homme idéal n’est pas mort je l’ai rencontré

je l’ai rencontré, j’ai coupé mon corps

et je lui ai pris la main.

Il y du vent

Il y a du vent.  Les dieux sont en colère.

Mon père me dit: ”Il y a du vent. Les dieux sont en colère.”

Puis mon père me dit: “C’est une image.

Imagine dans les cieux (car les cieux sont comme les dieux, pluriels), Jupiter se met en colère et vocifère. Les nuages se déplacent et créent des courants d’air.

Mais en fait, ma cloche à pédales, les dieux n’existent pas.

Il n’y a personne là-haut. C’est vide. Enfin, pas complètement. Pas tout à fait. Il y a les nuages, il y a la pluie, il y a l’air, il y a le vent.

Mais les dieux n’existent pas.”

Ah.

Mon père me dit que ce n’est pas parce que les dieux n’existent pas qu’il ne faut pas se poser la question des dieux.

C’est à  dire: bien que je sache avec ma raison qu’ils n’existent pas, qu’il n’y a rien là-haut, je peux quand même lever les yeux au ciel.

Bord de piste à Budapest

Friday, July 23rd, 2010 by Marion Colle

Etre arrosé de lumière

Cultivé à la manière d’une rose

I know how to say « infini » in your language.

*

Cet homme sur la piste

Cette femme là-haut

Cet homme là-haut

Cette femme sur la piste

Ces gens qui ne sont pas des inconnus.

*

Be aware mosquitos!

Dans le cirque en dur

Odeurs de fauve et de pop corn

Welcome people !

*

It is so exciting to perform here

In the cirque en dur

1889. Almost one hundred years before we were born.

I was 8– 100 years old.

8 ans – 100 ans.

C’était il y a longtemps.

*

(à l’ouvreuse)


Apparemment de profil

Les ombres ne donnent rien à voir d’elles

Elles fuient et deviennent plates.

*

Je remplis les pages – papier/crayon

Le cirque (en dur) se remplit- corps/fauteuil

Cela donne

Des bouffées de chaleur pour moi

Il fait de plus en plus chaud et le stress monte

Le bruit est de plus en plus semblable à celui d’une piscine ou d’une plage l’été.

Puis- ce sera le silence.

*

(To bath or not to bath)


A table on se demandait « être ou ne pas être »

Aux bains on ne se demandait plus rien

On avait mangé, on était bien, on faisait l’expérience de la noyade gelée,

Du jeté de sceau.

*

(La preuve de l’existence de Fragan)


Expérience existentielle : ce n’est pas un moment où on se sent exister, c’est un moment où on existe sans le sentir.

Par exemple :

-lancé du pneu

-la chute du pneu

-l’échec du lancé

-la preuve de l’existence du vide

L’absence du pneu en haut pendant qu’il choit / l’existence du pneu en bas avant qu’il n’arrive au sol.

Et Fragan

absent

présent

inexistant

et soudain dans les airs

dans le vide

la preuve de l’existence de

Fragan.

Fragan est comme le pneu

entre l’échec et la chute

il glisse pour redescendre

vole pour remonter

et court après la vérité :

la part de vérité du jeté. Du grand jeté. Du premier jeté.

La première fois où on l’a lancé, où est-il tombé ?

*

(Jean)


Le petit saut de Jean

Le salto –le grand saut de Jean

Le grand Jean

Il enjambe enjambe enjambe

Les fils les montagnes les fils.

*

(Kilian)

Son nez tombe comme

un fruit mûr

Il saute

Il tombe souvent comme son nez

(avec plus ou moins d’humour)

*

(duo Kilian et Coline)

Là tu le fais rire

Là tu le fais jouir

Là tu le fais fuir

*

(sur la tristesse)


Ce qui est triste dans la tristesse

C’est de rester dans l’embarras-

Etre embarrassé de sa tristesse.

*

Prise dans le filet des  émotions-papillons

Comme si toute la vie n’était qu’une longue association

D’idées

Une pyramide- en haut

L’image

En bas – le corps déplu.

*

(Pour Fragan)


J’ai compris l’absurdité de « la corde de secours ».

*

(Une rencontre)

Une rencontre

Aucun effort

Un paysage accueillant

Un vent

Sur l’herbe une image charmante

Court

Une fourmi se prépare et part à la rencontre du vrai

Sans soulever une brindille de trop.

à Péch

Thursday, July 22nd, 2010 by Vasil Tasevski

une chanson de philippe leotard

06 Un blues

mm

Prologues de Budapest

Sunday, June 20th, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbits, du 19 au 29 juin 2010

Parfois je doute mais heureusement j’ai des visions

J’ai parfois le doute.  Je doute parfois qu’il se passe quelque chose à l’endroit où je suis. Je doute parfois qu’un de mes mots puisse mettre le doute là où jusqu’alors il n’y avait rien.

Mes mots sont comme de petites aiguilles qui s’insinueraient sous la peau des êtres que je rencontre et que je raconte. Il y a si souvent sur mon chemin des êtres chargés d’émotions.

Il y a aussi des images, des images qui sont autant d’êtres à la fois. Des images dont je ne doute pas, et dont je crois je ne douterai jamais.

Sur mon chemin, les êtres et les images forment des mots gigantesques qui m’habitent.

Où j’habite, ils vivent. Où ils vivent, je vois.


Pour toi

J’aurai la force.

J’aurai la force de ramener dans mes filets des pierres lourdes et lumineuses.

Je choisirai la plus belle d’entre les pierres, dans sa lumière la plus pure

Je la porterai contre moi.

Des pierres lourdes et lumineuses et parmi elles, une pierre dans sa lumière la plus pure.

Cette pierre qui n’est que pure lumière et toute l’histoire de cette pierre,

je la déposerai au fond de mon corps.

Tu tourneras vite vite vite

Connaissance et vivant sont de grands enjeux, est-ce  que tu le sens? Est-ce que tu sais qu’il ne faut pas forcément être toujours courageux mais toujours savoir l’être au bon moment sinon tu peux courir longtemps, tu peux courir longtemps et moi  je peux chercher les mots très longtemps et toujours ne rien trouver à te dire car finalement c’est de ça qu’il est question quelque part.

Je peux écrire des poèmes à l’infini et tu tourneras vite vite vite.

Cirque en dur

Nous ne faisons pas du cirque mou

Nous faisons du cirque dur

ou (je développe)

Nous ne faisons pas du

cirque ça c’est le cirque

ou ne faisons rien

d’autre que ça- du cirque !

Le cirque avec le cirque

Le cirque dans le cirque

Le cirque cirque

Le cirque2 voire même le cirque

Cube

Le cirque dur dans le cirque en dur

Strong circus inside concrete circus

C’est-à-dire cirque avec petites et grandes histoires, efforts, agrès.

Ça parle aussi.

Morts et vivants

Les morts ont des anges gardiens

Les vivants n’en ont pas

Ils e méritent pas –de leur vivant – d’être gardés.
Une fois morts les vivants peuvent faire don d’eux-mêmes

à la postérité.

Un corps vivant

Respire encore

Un corps mort

Prend de la place

C’est pourquoi on l’enterre ou on le brûle

Problème d’espace

Question de survie

Et aussi parce qu’il y en a d’autres qui suivent – ils poussent – ils poussent

Ils ont des choses à dire avec leurs jeunes corps vivants –

Des choses sur la vie justement.

Prologues de Roumanie

Tuesday, June 15th, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbits à Iasi, du 11 au 13 juin 2010

1er soir

Il a fait tellement chaud que le prologue du premier soir s’est évaporé.

2e soir. Poème-pensée (coquelicot)

Une petite pensée à ceux et celles qui arrêtent parfois d’être ce qu’ils sont

La fleur pousse

La phrase croît

L’homme debout avec sa peau ses nerfs ses os et à travers sa peau son sang

Une petite pensée une petite fleur une parole simple une phrase simple

Très peu de chose en somme si ce n’est le désir de

Une petite pensée un coquelicot fragrant

Pour celles et ceux qui portent en eux le désir de

A priori je parle souvent j’écris toujours je parle toujours et je ne dis pourtant jamais la même chose c’est plutôt un peu chaque fois la même chose qui se dit en moi et se répète à l’infini et de quoi

parle

cette chose

Elle dit que ça peut venir de partout et qu’on ne s’y attend pas et

bla bla bla jusqu’à l’infini, à l’infini.

3e soir.  Poème avec une proposition de réponse

Ne pas renverser les enfants au bord de la route ou bien

Ne pas laisser les enfants au bord de la route

Même chose pour les chiens.

Renverser les enfants avec les conventions et les adultes

Renverser le monde des adultes avec la force des enfants qui attendent au bord de la route

Qui attendent le bus ou bien

Que leurs parents viennent les chercher

Attendre le lever du soleil avec ces mêmes enfants

Toujours prendre la douceur où elle se trouve profiter du silence

Faire naître dans le regard de l’autre le lever du soleil     oui   c’est sûrement ça la réponse

Faire se lever le soleil dans le regard de l’autre

A force de le regarder.

Urban Rabbit: le retour ou la parabole du champ verdoyant

Wednesday, June 9th, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbit a été pris en otage, plusieurs mois de suite. On l’a arrêté juste au moment où il s’apprêtait à embarquer clandestinement sur un bateau en partance pour Malte. On l’a attrapé à l’aide d’un filet utilisé d’ordinaire pour capturer de grosses proies et on lui a immédiatement appliqué sur les narines un coton imbibé qui sentait  fortement l’alcool.  Puis : plus rien.

Il s’est réveillé près d’un champ, en compagnie de chevaux en liberté.

Il regarda le champ. Il n’en avait jamais vu d’aussi verdoyant de toute sa vie d’herbivore. C’était un champ immense qui s’étendait à perte de vue. Urban Rabbit sursauta, pris d’une réminiscence soudaine. Mais où était la piste cyclable ? Les cyclistes ?

Il ne reconnaissait rien autour de lui. Il avait beau regarder ce champ, ce champ ne lui disait rien. Il étira ses pattes et s’assit sur son pompon. Il était temps de faire un petit bilan physique et moral.

Bouche sèche et pâteuse, ventre vide, oreilles… coupées ! Il essaya de se passer une patte derrière l’oreille gauche et ce qu’il toucha l’effraya : un bout de peau sec, un moignon. Idem côté droit. Il lissa son poil qui était très sale, ce qui indiquait clairement qu’il n’avait pas fait sa toilette depuis longtemps. Très longtemps. Combien de temps?

Il respira un grand coup.

Il se sentait étranger à lui-même. Pourtant une certitude l’habitait: on ne lui avait pas coupé les oreilles « gratuitement ». Il y avait un sens à tout cela, un sens caché peut-être, ou un double-sens. Mais un sens profond. Cela, Urban Rabbit en était sûr. Il avait indéniablement fait un véritable saut de lièvre dans l’histoire de son évolution personnelle. Un saut qualitatif qui le plongeait au coeur de sa propre existence, dans ce vaste champ de verdure.

Rien ne serait plus jamais comme avant. A partir d’aujourd’hui, il y aurait un before et un after. Comme chez les humains, avec leur homme relevé d’entre les morts. Ses oreilles mutilées frémirent d’émotion.

Soudain il entendit un bruit de moteur. Ça vrombissait à sa droite. Il détourna sa tête engourdie et vit alors des hommes attroupés. Des hommes ! Il les reconnaissait ! C’était l’espèce des hommes cyclistes ! Les révolutionnaires ! Ceux qui marchent sur les mains et dorment dans les caravanes !  Ils avaient dû subir une évolution foudroyante eux-aussi  car ils n’avaient plus de vélos mais de gros camions articulés, de véritables engins de guerre qui dégageaient une odeur nauséabonde. Urban Rabbit toussota et s’approcha.

A peine était-il arrivé à  leur hauteur, que les gigantesques machines  se mirent à vrombrir de plus belle. Il sauta daredare sur le marchepied et  jeta un rapide coup d’œil à l’intérieur. Deux hommes  étaient assis dans une spacieuse cabine. Il se glissa subrepticement à l’intérieur et se cacha sous la banquette arrière. C’est alors qu’il se rendit compte qu’il était épuisé.  Juste avant de tomber dans un profond sommeil, il entendit deux phrases qu’il n’eut pas la force d’essayer de recontextualiser : « On est en Roumanie » dit l’un. « ça c’est le cirque » répondit l’autre. Puis : plus rien.

Prologues de Modéna

Monday, May 24th, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbits à Modéna, du 22 au 29 mai 2010

Générale : un homme dans le désert

Dans un profond désert il y a un homme qui veut à tout prix trouver de l’eau. Il a une seule idée en tête, trouver de l’eau. Il sait qu’il est en plein désert et qu’il est destiné à mourir de soif. Ses yeux sont secs, la salive lui fait défaut mais il veut trouver de l’eau. Il sait qu’il va mourir et pourtant il cherche. Il cherche, il cherche, il cherche. Il n’a peur de rien, ni des ennemis qui peuvent se présenter sur son

chemin

ni de la nuit froide ni du jour chaud ni des serpents ni des imprévus ni de sa propre peur. Il n’a peur de rien, il a seulement peur de ne pas trouver d’eau et de devoir renoncer à son désir le plus cher.

Il peut errer encore plusieurs vies, qu’importe.

Pourvu qu’il garde son désir intact et qu’il continue d’éprouver de la soif pour l’existence.

Mon père

Terre promise. Etendue d’eau. Terre promise. L’enfance est un point d’eau dans le désert. Les petites filles font des caprices. Je me souviens très bien du visage de mon père, la première fois qu’il m’a tirée par les cheveux. Il ressemblait à un dieu grec figé dans le marbre. Air de courroux, bouche crispée et toutes les rides de son visage tendues, dessinant des sillons olympiens. J’arrivais à le mettre dans des états de colère folle. J’avais souvent le dernier mot et réponse à tout. Je claquais quelques portes. Mais parfois je me demande vraiment si je ne le mettais pas exprès dans de telles colères juste pour le plaisir de le voir avec ce visage de Neptune.

Enfance terre promise si je pouvais entendre mon père se mettre en colère.

Je suis une petite gorgone.
Je vis à une époque qui n’existe plus- alone.

Les mouches

A cause de la chaleur, toutes les mouches s’étaient réfugiées sous le chapiteau, cela battait des ailes dans tous les sens, cela faisait un doux petit bruit, légère ventilation, frôlement d’ailes, un minuscule zéphir, un papillonnement, léger, léger, léger…

Toutes les mouches s’étaient retrouvées et battaient des mains, des ailes. Cela faisait quelque chose comme un ballet d’ondes adorables et elles parlaient, elles se parlaient ces mouches, elles étaient même fortement volubiles.

Conciliabule de mouches qui se projettent dans l’avenir.

Que disent les mouches quand elles ont chaud ? Pareil que les humains : j’ai chaud, je vais mourir de chaud. Puis elles font leur boulot de mouches, elles volent, elles décident de continuer de voler.

Et elles le font, plutôt bien.

A croire qu’il suffit d’avoir chaud pour voler.


Ophélia

Faire un son se souvenir

l’étang

le vide

faire un son avec ses mains avec son souffle avec une brindille entre ses doigts

faire un son et écouter le silence qui vient après le son

l’étang

le vide

l’étang

le vide

l’étang

le vide

l’étang etc etc etc etc etc etc etc etc etc etc etc                                                                etc.

Au fond la résonance d’un cri.

Qui est celle qui s’est noyée ? Ophélia ? Ophélia et ses longs cheveux

absorbant l’étang comme une éponge

l’étang le vide et l’éponge et quelque part sur la rive                                    le caillou

Dans un souvenir il y a toujours un son un bruit ou la réminiscence

d’une mélodie

ce petit rien

raclement d’une gorge qui fait que l’on distingue la voix de l’être aimé de n’importe quelle autre voix

et qu’on pourrait se jeter dans l’étang

pour noyer le vide

étouffer le son

et retrouver l’écho du souvenir lesté tout au fond.


Sur la blessure d’amour

Il y a eu un temps pour le vide un temps pour la vague un temps pour

l’amour puis

le vide s’est renfloué la vague s’est ensablée l’amour

désincarné

Reste une forme, une forme dans l’air. Epurée.

Epure –fausse joie de l’épure, douloureuse sensation de dépoussiérer le monde autour de soi

J’ôte je retire  j’amenuise j’enlève je réduis au strict nécessaire

J’ôte je retire j’amenuise j’enlève j’enlève j’épure mon monde et la vision que j’en ai

C’est simple

Il y a bien eu ce temps pour le vide ce temps pour la vague et ce temps pour

l’amour

Puis le vide s’est renfloué j’écope

Rien n’est pire que cette blessure.

Sur l’épuisement

Plutôt que de faire, peut-être ne pas faire ou ne pas faire grand-chose. Ne pas regarder vraiment le ciel mais regarder juste à côte là où  le petit nuage passe.

Autre chose pendant que j’y pense: il y a dans l’épuisement une chose sûre et certaine. C’est qu’on n’épuise rien autant que l’être. On n’épuise même finalement que soi-même.

Plutôt que de s’épuiser pourquoi ne pas regarder aussi juste à côté du ciel juste entre le nuage et soi-même? Là où se mélangent les couleurs et toutes les matières, la pluie, les villes.

La tournée ressemble à une longue chanson sans début ni fin, une simple mélopée, une simple chanson avec couplet refrain couplet refrain

ritournelle.

Prologues de Ferrara

Saturday, May 15th, 2010 by Marion Colle

Urban Rabbits à Ferrara du 11 au 15 mai 2010

Mettre colère en terre pour Audrey

je retire ma colère

comment on dit cela en italien ?    tout est humide

Même l’air, l’air est

humide

aero e umido ?                                  je reprends- donc je retire ma colère

je retire ma colère et je la plante              là.

elle remue sous terre, écoute. Ecoute ma colère elle remue sous terre

elle la soulève la terre…………………

elle remue la terre elle en a rejoint d’autres c’est sûr. Elle a rejoint

d’autre colères, écoute la rumeur des colères amassées, elles se propagent

comment on dit en italien, les colères se sont retrouvées et elles se

propagent, ensemble elles se propagent            allez courage, allez courage

une fois plantées les colères se taisent,

on m’a dit :plante ta colère, plante-la là et                      elle se taira

donc je l’ai mise à côté enfouie dans la terre dis dis dis dis

tu crois que j’ai bien fait ?

et si ma colère se déplantait comme une pince ?

si l’air était trop humide et aussi l’herbe et aussi l’être

l’être même de ma colère ?

Je me sens apaisé je pense que je peux tourner la page.

J’ai enterré ma colère.

A vous les studios.


Le mal des amis pour Jean


Le mal des amis                              la disparition des êtres chers

une béance    trou profond immonde sans œil tempête dans

mon verre d’eau

mes amis je pense si souvent à ceux que j’aime

trou trou béance profond puits sans fond où disparaît l’ennui

l’ami

la pluie

j’ai le mal du pays des moutons, des brebis blanches, une forme de pureté dans le pelage me manque. Mes amis sont : ceux qui n’ont pas le même pelage que moi.

Si l’être cher disparaît c’est un repli de l’être si l’être cher meurt

c’est la terre qui tonne c’est la terre qui meurt ce sont toutes les terres, toutes

les brebis au doux pelage qui disparaissent d’un coup, plus aucune similitude

entre le monde et moi                                                          une tempête

dans ma vie un orage et je pense au bonheur d’être inondée inondée

d’amitié

Si je peux penser au ciel                                     je pense au ciel.

Têtecoeurcorpsraison pour Rémy


j’ai du mal à respirer

têtecoeurcorpsraison

j’ai du mal à respirer chagrin à la tête chagrin au cœur

au corps

aucoeuraucorpsàlatêteàlaraison

je veux rentrer à la maison

problème

j’ai du mal à respirer je respire mal et la maison

est loin

elle est loin je respire mal je dis                         je respire mal je n’arrive

pas à respirer

tête cœur corps raison peut-être ailleurs le problème sera

que le problème sera le même j’ai du mal à respirer j’ai du mal

tête cœur corps tronc la raison a disparu

je l’ai perdue peut-être je l’ai perdue c’est ça le problème je respire mal

ma raison me fait mal le chagrin me fait mal

à force d’être sur la route on                         perd                             ses repères

plus de porte plus de trousseaux de clés plus de porte

on perd la clé on a oublié ce que c’est                          ouvrir une porte

j’ouvre la clé par le bout du nez c’est absurde

je t’embarque je te mène à la barque par le bout du nez

je prends la tête le cœur le corps la raison et je fais le tronc

pour faire de mon chagrin un arbre immense où me suspendre toujours


Toutes les fourmis se ruent sur le sucre pour Kilian


Jusqu’ici on avait juste fait les présentations. Quelques représentations.

Dès maintenant le vent se pose, les questions tournent -hic et nunc:

comment s’aiment les enfants? Peut-on vivre dans le bruit? ”Brouhaha” est-ce un mot, un état ou autre chose? Où va la fumé du feu une fois que le feu est fait? Qu’épargnons-nous, que mettons-nous de côté? de nous? L’autre?  - l’argent?  - le temps? Qui sommes-nous avec ce rien comme langage et peut-être quelque chose en commun?  Vivre est-ce un concept, un verbe, du “grand n’importe quoi”? Ou simplement l’action qui nous empêche d’être là -ex nihilo? Si l’acte de vivre se fait à mon insu, à qui m’en prendre? Tu connais la réponse?

Je peux être le seul avec ma logique et je peux être le seul réel

ou bien

je peux faire apparaître un monde qui appartient aux autres actants.

“Cher Jean-François Marguerin bonjour” pour Fragan

Sous la pluie pas de répit les gouttes tombent comme des gouttes d’eau.Les gouttes tombent et font un bruit de fer,il fait un temps à ne pas même mettre un chiot dehors un chiot sans sa mère un chiot au poil mouillé un chiot au regard humide.

N’ayons pas peur de mettre nos enfants sous la pluie ils seront plus forts ils connaîtront quelque chose des intempéries

Mais nos chiots gardons-les à l’intérieur de la maison.

Je suis comme un petit chiot assis dans mon panier je serai mieux dans ma niche je serai mieux sous une couverture ou même tenue en laisse je serai mieux partout sauf comme un petit chiot sous la pluie

N’ayons pas peur de tenir nos enfants en laisse je répète n’ayons pas peur de tenir nos enfants en laisse et nos petits-enfants et toute notre famille tenons-la en laisse tenons le monde par la laisse qui est accrochée à notre cou et n’ayons plus peur ni de la pluie ni de l’extérieur.