Urban Rabbits, du 23 au 25 juillet 2010
Matin
Le bel endormi il ouvre la fenêtre
je me tiens entre son rêve la fenêtre et le monde réel
je lui demande qui je suis
je lui demande d’où je viens
je veux pousser la fenêtre
il me répond que j’ai l’air triste sur la photo et il montre du doigt
quelque part à sa gauche
entre son rêve la fenêtre et le monde réel
Je pense souvent à cette fenêtre
je lui demande s’il pense que je suis une fenêtre
je lui demande d’où je viens et il me répond que je suis sa fenêtre que je suis ouverte et que je donne sur la rue
Il y a de concert entre nous comme une lente évolution du doute vers l’incertitude puis de l’incertitude vers le jour
Je veux pousser la fenêtre
je veux construire un autre monde
Non l’homme idéal n’est pas mort
non l’homme idéal n’est pas mort et la femme est comme un gros fruit mûr
prête au panier.
L’homme idéal n’est pas mort je l’ai rencontré
je l’ai rencontré, j’ai coupé mon corps
et je lui ai pris la main.
Il y du vent
Il y a du vent. Les dieux sont en colère.
Mon père me dit: ”Il y a du vent. Les dieux sont en colère.”
Puis mon père me dit: “C’est une image.
Imagine dans les cieux (car les cieux sont comme les dieux, pluriels), Jupiter se met en colère et vocifère. Les nuages se déplacent et créent des courants d’air.
Mais en fait, ma cloche à pédales, les dieux n’existent pas.
Il n’y a personne là-haut. C’est vide. Enfin, pas complètement. Pas tout à fait. Il y a les nuages, il y a la pluie, il y a l’air, il y a le vent.
Mais les dieux n’existent pas.”
Ah.
Mon père me dit que ce n’est pas parce que les dieux n’existent pas qu’il ne faut pas se poser la question des dieux.
C’est à dire: bien que je sâche avec ma raison qu’ils n’existent pas, qu’il n’y a rien là-haut, je peux quand même lever les yeux au ciel.


