Archive for March 3rd, 2010

Prologues de Reims

Wednesday, March 3rd, 2010 by Marion Colle

Prologues de Reims, 1er au 4 mars 2010


La bonne place

1. Dominique 

 Il y a un homme tout penché. « Ne vous inquiétez pas, ils font les acrobaties à votre place. »

Toujours la peur de ne pas bien voir. L’homme penché s’appelle Dominique.

Dominique est bien assis maintenant. Il a « une bonne place ».

 

2. Voir et bien voir. Petit aperçu des attributs de la « bonne place »

Voir : avoir en face de soi du visible. Les yeux sont en face des trous, le regard dirigé vers le visible : ça coïncide, l’image est là, dans sa totalité, elle s’offre à nous. L’œil la saisit. On a vu.

Bien voir, c’est être à la bonne place. « ça va là ? On est bien ? » ou encore (à l’hôte de salle) : « Monsieur, s’il vous plait, quelle est la meilleure place pour bien voir ? Il vaut mieux être assis où ? »

La question de la place. De la bonne place.  La bonne place où l’on voit bien. Où est-elle, en définitive, cette « bonne place » ? Pourquoi est-elle si spécifique, tant recherchée ? Qu’est-ce qui la définit ? Est-ce le  « bon endroit » ? Le « bon angle » ? Les deux à la fois ? Bien voir, est-ce une question de quantité ou de qualité ?

Au cirque, bien voir pourrait se définir comme « avoir le maximum de visible devant soi (à défaut d’avoir des yeux derrière la tête) », c’est à dire être face aux artistes et aux choses spectaculaires qu’ils proposent, en phase avec « ce qui se passe ».  La visibilité est bonne. Rien ne vient perturber ma vision, « ce qui se passe » là-bas, sur la piste, arrive directement jusqu’à moi, sans obstacles, sans que ma vision ne soit entravée par  un autre regard, un corps, un mât de chapiteau, un poteau. Le champ est libre, je suis tout à mon regard et mon regard est dirigé au centre, là où l’action excite l’espace.

Mais l’espace du cirque est rond. On aurait tendance à dire qu’on voit bien partout. Or, le spectateur qui se questionne et tourne autour de la piste, à la recherche de « la bonne place » semble vouloir nous démontrer le contraire. On ne voit pas partout pareil. Il y a des endroits où l’on voit mieux, où l’on est mieux, pour voir. La vision est singulière. Même en cercle, il y a des angles qu’on préfère. Certains grimpent en haut des gradins, persuadés qu’ « on voit mieux d’en haut », car la vue est globale et surplombe la piste. D’autres restent en bas, pour « être plus près », car pour eux c’est la proximité qui donne sa consistance à leur vision du spectacle. Chaque spectateur cultive son rapport à l’espace de représentation. Un rapport singulier qui se définit par des règles de distance – d’ici je vois bien- et d’adéquation entre moi et la chose vue : « la bonne place » c’est hic et nunc, ici et maintenant, précisément là où je profite au mieux de ce que je vois. Tout cela se joue aussi dans un rapport à l’autre, un autre voyant : « est-ce que je vais bien voir » signifie aussi « est-ce que je ne vais pas moins bien voir que l’autre qui est en face de moi », et que je vois bien d’ailleurs, « ou que l’autre qui est à côté de moi ».

Où suis-je ? Avec qui? Pourquoi ? sous-tendent la question de « la bonne place ». En fait, les gens –le public- viennent au spectacle. En prenant place dans le chapiteau, en se plaçant consciencieusement au bord du cercle, ils prennent conscience de là où ils sont, de l’acte qu’ils vont accomplir : regarder ce qui est montré. Donc, ils ne veulent rien manquer, ils veulent tout voir.

Le désir de trouver « la bonne place » est un désir de jouissance sans limite. Un désir d’épouser le visible sans en perdre une miette. Un désir de participer. Accomplir ce désir c’est devenir public et le verbaliser. « Là on est bien ». On est bien parce qu’on voit bien. Voilà. Donc on pose nos fesses, on prend possession du lieu et on est prêt. Prêt à exercer notre pouvoir ; privilège du public : le pouvoir de voir.

Le spectacle peut commencer.

 

3. Dominique (bis)

Il y a aussi un critère important. Tout en haut des gradins, on peut s’adosser aux grilles. C’est plus confortable.

Au Manège de Reims, il y a des sièges partout. Cependant, Dominique s’est assis près des marches. Il peut étendre ses jambes.

Le confort, c’est important (citation).

 

Filet à émotions, filet à papillons

D’abord : les émotions en boîtes comme dans des corps

D’abord : des corps qui tournent avec leurs ombres

D’abord : des ombres qui sont nous-mêmes

D’abord : un début d’envol.

Puis plus rien.

Nous serions là pour vous expliquer pourquoi nous en sommes là.

Nous sommes comme des sacs de voyage, mais nous portons seulement les sacs.

La machine perfore la feuille de papier, les papillons s’envolent.

Petite prière: que les émotions restent.


Annexe:

Le désir. Le pourquoi. La nécessité. Le pourquoi du désir. Le désir de la nécessité. La nécessité du désir.

Les mots sont des efforts qu’on s’efforce de faire, avec la bouche, avec son corps.

On habite à quelle adresse? Où peut-on s’écrire des mots d’amour les uns aux autres?


En vrac depuis la générale

Je ne pense rien. J’aimerais prendre quelqu’un par la main.

Les mots sont une fourniture.

Les êtres sont parfois en manque total.

Les anges passent sous les trains.

Il y a des bactéries qui traînent, des bouteilles d’eau, des pulls, du vague à l’âme.

Les arbres tombent –c’est la tempête.

Je ne pense rien. J’ai l’energie de grands spectacles.

Est-ce qu’on pourrait ouvrir le rideau ?

Filage du 28 février au Manège de Reims

Wednesday, March 3rd, 2010 by Marion Colle

Salut la machine. On va faire le démontage du filet. Est-ce qu’on peut fermer le rideau ? Non. Tout le monde n’est pas prêt. Mon amour est beau. Cela doit péter comme démontage. Mon amour est fatigué. Il a vomi plusieurs fois. Après il a bien dormi et essayé de manger ce matin.

Je serai là quand je tape. Je pense que je vais raconter l’histoire d’une petite fille qui regarde toujours à travers.

On a failli perdre Pierre-Yves, il était coincé dans l’ascenseur, on a eu un peu peur. Il faut dire que ce n’est pas un ascenseur 4 étoiles, pas d’eau, peu d’air, pas de jolies filles à l’horizon.

Il y a des choses compliquées : à dire/ à faire/ à penser.

Pour ce petit filage, nous avons prévu de désentartrer, le chapiteau, les artistes, et de filer doux. C’est-à-dire –pour être encore plus précis dans nos faits, gestes, pensées et actes- de leur donner ce petit rien de moelleux, l’espace d’une respiration (inspire/expire) et de prendre un élan commun. Donc : nous sommes seize, nous lançons la représentation comme une flèche, nous sommes une pensées et nous nous dirigeons vers l’espace.

On réessaiera demain.