CHERS TOUS LAPINS, FAMILLE, AMIS
bonne route à tous et à toutes
“be brave”
the show always goes on
CHERS TOUS LAPINS, FAMILLE, AMIS
bonne route à tous et à toutes
“be brave”
the show always goes on
Notre tournée arrive à la fin du voyage. Terminus, tout le monde descend. Je prend mes valises et les dépose sur le sol familier. Elles sont pleines de petites choses attrapées au vol et qui sont devenus miennes. Les souvenirs sont comme des cailloux qu’on ramasse. Ils se tiennent là, au milieu de milliers d’autres cailloux, formant un tout uniforme. On les regarde tous et soudain, il y en a un qu’on remarque plus que les autres. Sa forme, sa couleur et sa texture nous interpelle et laisse une empreinte dans notre tête. Il fait écho à notre sensibilité, à notre histoire, à notre perception du monde si personnelle.
Dans ma valise, j’ai pleins de petits cailloux. Ils sont tous différents et je les aime tous. Je vais sûrement en perdre quelques uns avec le temps, ma mémoire ne peut pas tous les garder.
J’aime les regarder, un par un et me souvenir où je les ai ramassés. La couleur du ciel à ce moment-là. Mon humeur intérieure. Le sentiment que m’a procuré ce petit caillou.
( Pour Marion Caillou)
J’aime cette fleur qui se nomme pensée.
Je l’imagine fragile poussant sa tige hors du sol pour attraper un brin de lumière.
Je l’imagine onduler au grès du vent et disséminer ses graines.
Qui donneront naissance à d’autres pensées.
La vie est ronde.
Soulever une pierre dans ma mémoire et tomber sur des souvenirs grouillant par centaines.
Etre prise par l’effroi.
Laisser retomber la pierre.
La désagréable impression persiste dans mon corps.
Je continue ma marche, humant l’air frais pour aérer mes sens.
La vie reprend son cours, chacun à sa place.
Des routes
Des routes
Des routes
Les routes de nuit
Les routes de jour
Les routes à l’aube claire du mois de juin
Les routes entre chien et loup
Les routes déviation poids lourd truffées de nids de poules
Le chapiteau qui frétille
Et la caravane qui danse la lambada
La route au bord de la Rivière embrumée du matin
Les paysans se lèvent très tôt
Sortent leur vache avec une laisse
Les nids de cigogne en haut des poteaux électriques
Les chiens errants en meute
Qui pourraient constituer une équipe de foot
Football World Cup
Et Urban Rabbits en compétition
Franc succès sous le chapiteau
Monté sur le parking de Carrefour
Le chapiteau sous un soleil de plomb
Quand il fait 35°C à l’extérieur
Quand on ne peut rien avaler de la journée
Quand Coline s’attache pour passer une heure là-haut
Quand on n’a pas pu jouer une seule fois l’intégralité du numéro de cadre à cause de la sueur
Et un démontage « coup de soleil »
Avec la participation drôle et généreuse de Marc, Lawrence et Jean-François
On attend au feu rouge que le compte à rebours annonce le feu vert
Tandis que les piétons profitent de leurs dernières secondes pour traverser
A nous la route pour Budapest
Tout d’abord, il y a l’humanoïde solitaire. C’est un animal, qui ressemble fortement au singe mais se distingue par une station debout, un pouce préhenseur et l’encéphalogramme hautement développé[1].
Il peut conceptualiser sa mort.
Il peut se créer des divinités.
Il peut se créer des outils.
Il peut imaginer des choses dans sa tête avant de les réaliser avec ses mains.
Ensuite il y a l’humanoïde en groupe, soit l’humanoïde social.
Sa différence avec l’humanoïde solitaire n’est qu’une question de comportement. C’est le même individu avec des réactions différentes au sein d’un groupe d’autres humanoïdes solitaires. On peut le dire, dès qu’il est en groupe, l’humanoïde solitaire devient bête. Tout est une question de pouvoir. Qui le détient ? Quelles sont les valeurs en place ?
On peut alors remarquer plusieurs réactions : ceux qui prennent le pouvoir et imposent les règles ; ceux qui suivent sans réfléchir de peur d’être exclus du groupe ; ceux qui refusent les règles.
S’ensuit alors une parade de séduction et de jeux, la constitution d’une élite dominante et de boucs émissaires. Ne pas être différent, c’est sauver sa peau.
L’humanoïde est addict de la course au pouvoir. Il est capable d’organiser une destruction massive d’autres humanoïdes – ou de la seule planète sur laquelle il survit.
L’humanoïde est un animal triste, voué à son autodestruction.
Regarder les collines roumaines, les arbres, la végétation continentale, les toits en pointe de neige et méditer sur le sens de la mort. Est-ce que ceux que j’ai perdus sont là, dans cette terre, apaisés dans un retour à la source originelle, contemplant l’infini du temps ? Qu’est-ce qui me sépare d’eux si ce n’est ce cœur qui pompe le sang de mes veines et irrigue mon cerveau ? Ou plutôt l’inverse, les communications électriques de ma cervelle grise qui guident mon cœur dans le choix de vivre ? Il n’y a pas mille façons de mourir. A un moment donné, le cœur ou le cerveau s’arrêtent et mon enveloppe charnelle devient inutile, se désagrège et rejoint la terre.
Et si j’attrape un morceau de cette terre, que je le serre dans ma main, que j’en hume le parfum, que je ferme les yeux et écoute son silence, est-ce que je peux combler l’absence qui troue mon cœur ? Est-ce que je peux y retrouver la tendresse et l’humour que nous aimions vivre ensemble ?
Mes pieds s’enfoncent dans la terre et je sens la vie grouiller, chatouiller, titiller.
J-4 avant le dernier spectacle, je regarde derrière moi le parcours qu’on à fait “ensemble”, il est long, sinueux et avec quelques embuscades.
Mais je me sens grandi. Même si j’ai parfois envie d’avoir encore 10 ans pour pouvoir me jeter dans les jupons de ma mère quand la suite fait trop peur…
Terriblement peur. Je suis enjouée à l’idée qu’une nouvelle vie commence, ma vie, la vraie…mais elle est pleine d’incertitudes.
Et puis on va se quitter…nous qui avons passé tant de temps ensemble, qui avons vécu toutes ces choses communes…l’apprentissage, les joies, les peines, la fatigue, la fête…le spectacle!!! On a appris à vivre ensemble avec les qualités et les défaut de chacun…ou du moins on a fait comme on a pu, au mieux …on a essayé!
Alors oui, je regarde en arrière et je suis heureuse, heureuse de mes choix, heureuse de ces rencontres…maintenant la vie est devant nous et je pense que toujours, on se souviendra de ça!!! En voilà une drôle de tournée à raconter à nos enfants…et voilà notre première tournée!!
La voilà terminée!! Tout ça va me manquer…vous “rabbit’s” allez me manquer!
Urban Rabbits, du 31 juillet au 7 août
Relié
Il y a entre la piste et moi un long fil continu, un long fil tissé de larmes, d’attentes, d’escargots, d’allers, de retours, de venues improbables, d’histoires rares, de passé, de présent-
de présent tellement présent
il y a aussi des fils invisibles qui vont de l’intérieur de moi vers le monde, il y a mille fils qui vont de moi vers la piste et de la piste vers le monde
ces milliers de fils tissent une grande toile, forment des liens -invisibles certes- mais profonds, des liens si profonds qu’il n’y a rien de serré, de compact, juste de la transparence pure.
Il y a entre tous ces fils des images en errance
et entre toutes ces images en errance des fils enroulés sur eux-mêmes comme de petits chiots sages et humides.
Il y a aussi des fils errants des fils solitaires des fils qui vont du monde vers le ciel et se perdent entre les regards des dieux.
On n’y suspend parfois, dans le doute.
Etouffé
un filet d’air un brouhaha quelques voix et déjà
un filet de voix – ta voix- et celles de tous ceux qu’on aime déjà
un filet d’eau, qui part de la source, et alimente toutes les sources
tous les cours d’eau, toutes les rivières -rivières et affluents
un filet d’air: un filet d’amour pris dans un filet d’amour
à la pèche nous sommes nombreux et souvent de plus en plus nombreux
heureusement il y a sur la terre juste assez de hauteur pour être si nombreux à lancer sa ligne
un filet de brouhaha de l’air vite nous pouvons étouffer d’une minute à l’autre, nous pouvons ne plus aller vers aucune évolution et rester seul dans une solitude sans fond sans faille une solitude qui ne fait aucun bruit, une solitude qui prend feu qui prend feu une solitude où l’humaine condition prend feu où il n’y a plus aucune chance de voir s’élever
un filet de terre
autant prendre de la vitesse et de l’avance
autant prendre dans ses filets le plus de pierres et de souvenirs possible
et les emener avec amour.
Bercé
J’apprends à becer la lumière
je prends le rayon solaire, le le reçois -puis je le réduis en poussière.
Puis j’apprends à nouveau à aimer la lumière.
Il y a chaque matin un soleil plus franc que la veille il y a chaque jour nouveau de la joie à se tenir là -face au soleil
la franchise de ses rayons me berce -ou l’inverse
je ne sais pas toujours voir dans la lumière
mais je vois ma main -elle est toute autre
j’apprends à bercer la main autre prise dans un rayon
j’apprends à être celui que je suis dans la lumière
la lumière est là
le jour l’emporte
je veux croire que le jour l’emporte toujours.
JE SUIS SEUL DANS UNE PIECE NOIRE ET SOUDAIN-
parce que je sais d’où vient la lumière, je peux donner de la clarté à toute chose, je peux donner de la vivacité à mes paroles
glisser le soleil à l’intérieur du langage,
feuille d’or entre les feuilles d’or.
Troué
Pas à pas un bruit pas à pas je regarde
ce qui entre ce qui sort ce qui entre à nouveau ce qui resort
petit à petit se construit une origine
dans ma famille il y a une façon de se regarder et de ne pas prendre en compte l’image de l’autre il y a une manière de se parler de se toucher le cerveau de se gratouiller le creux de la main avec le brin d’herbe de se mettre en chagrin de porter le chemin de ranger les affaires une par une puis toutes par toutes puis plus aucune
il y a une manière d’ouvrir la fenêtre et de voir parfois entre les gouttes quelque chose qui ressemble à une immense tendresse
il y a dans ma famille l’innaccueil la précipitation le précipité propre à chaque famille toute une mythologie qui commence avec la peur et continue dans la peur pour finir par se mordre la queue
sur une piste
quand l’homme qui est en moi devient la femme que je suis je sens
que je reprends souffle
ma mythologie est une bête sur une feuille d’arbre
elle n’est pas plus grande que ça, elle prend l’espace et le troue.
Radoté
l’écho répond présent
puis l’écho me reprend: cela commence par une longue vibration dans le ventre, cela remonte par l’échine, le long du dos, entre les omoplates, dans le cou -cela fait des frissons- il y a comme une lente remontée de l’émotion qui passe par tout le corps
j’y réponds
mot pour mot pour mot pour mot
l’écho me reprend comme une malédiction
mile choses reflétées mille pensées mille manières de se répéter
radot pour radot pour radot
le mot radoté rapporte gros, il y a-avec la petite distance du radotage- la possibilité d’une complicité, l’espace du “mot en trop”
il y a parfois aussi dans le mot radoté une autre image que celle à laquelle on s’attendait
le mot est l’écho de l’émotion traversée
elle est l’écho de sa propre sonorité
il remonte à la source.
Fini
Pour la dernière, on pourrait se mettre tous et toutes autour d’un feu, on pourrait se tenir par la main et tenir aussi des bougies dans la nuit qui feraient de petits halos autour de nous
Pour la dernière on pourrait tous se cacher les uns derrière les autres, faire de petites colonnes, de petites enfilades, se mettre en cercle dans un couloir et respirer le peu d’air
Pour la dernière on pourrait vite vite vite courir après la nuit comme dans un mauvais rêve du sang dans les yeux les yeux au fond des poches une écharpe mauve au cou de quoi manger dans un sac ou dans le ventre
on verrait la nuit devant nous et on foncerait droit sur elle
pour la saluer
Et ce serait le matin
on aurait fini de tourner, on aurait fini de se retourner, de reprendre, de recommencer les mêmes gestes
on en aurait fini avec la nuit qui revient sans cesse.
Pour parler ensemble,
il ferait jour.
Urban Rabbits, du 23 au 25 juillet 2010
Matin
Le bel endormi il ouvre la fenêtre
je me tiens entre son rêve la fenêtre et le monde réel
je lui demande qui je suis
je lui demande d’où je viens
je veux pousser la fenêtre
il me répond que j’ai l’air triste sur la photo et il montre du doigt
quelque part à sa gauche
entre son rêve la fenêtre et le monde réel
Je pense souvent à cette fenêtre
je lui demande s’il pense que je suis une fenêtre
je lui demande d’où je viens et il me répond que je suis sa fenêtre que je suis ouverte et que je donne sur la rue
Il y a de concert entre nous comme une lente évolution du doute vers l’incertitude puis de l’incertitude vers le jour
Je veux pousser la fenêtre
je veux construire un autre monde
Non l’homme idéal n’est pas mort
non l’homme idéal n’est pas mort et la femme est comme un gros fruit mûr
prête au panier.
L’homme idéal n’est pas mort je l’ai rencontré
je l’ai rencontré, j’ai coupé mon corps
et je lui ai pris la main.
Il y du vent
Il y a du vent. Les dieux sont en colère.
Mon père me dit: ”Il y a du vent. Les dieux sont en colère.”
Puis mon père me dit: “C’est une image.
Imagine dans les cieux (car les cieux sont comme les dieux, pluriels), Jupiter se met en colère et vocifère. Les nuages se déplacent et créent des courants d’air.
Mais en fait, ma cloche à pédales, les dieux n’existent pas.
Il n’y a personne là-haut. C’est vide. Enfin, pas complètement. Pas tout à fait. Il y a les nuages, il y a la pluie, il y a l’air, il y a le vent.
Mais les dieux n’existent pas.”
Ah.
Mon père me dit que ce n’est pas parce que les dieux n’existent pas qu’il ne faut pas se poser la question des dieux.
C’est à dire: bien que je sache avec ma raison qu’ils n’existent pas, qu’il n’y a rien là-haut, je peux quand même lever les yeux au ciel.