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URBAN RABBITs est le nom du spectacle de sortie de la 21è promotion du Centre National des Arts du Cirque (CNAC), création collective des étudiants et du metteur en scène Árpád Schilling.
Ce site permet de suivre par fragments le processus de création et la tournée qui suit. Les artistes y publient des textes, photos et vidéos que vous pouvez retrouver en cliquant sur les icônes ci-dessus. Vous pouvez aussi fonctionner par mots-clés, ici à droite.

Cliquez ICI pour voir les dates et lieux de la TOURNÉE 2010

URBAN RABBITs a címe annak az előadásnak, ami a Cirkuszművészetek Nemzeti Központjában (CNAC) készül a 21. végzős osztállyal, kollektív munkaként a diákokkal és Schilling Árpád rendezővel. Ez a weboldal lehetővé teszi, hogy töredékekben követni lehessen a az alkotói folyamatot. A művészek itt szövegeket publikálnak, illetve fotókat és videókat, melyeket a fenti menüből lehet elérni, vagy a jobb oldalon a címkék használatával.

URBANRABBITs is the title of the 21st promotion of Centre National des Arts du Cirque created by the graduating students of the school and the director Árpád Schilling.

URBAN RABBITs en répétitions

Un film de Sophie Tavert issu du filage du 6 novembre
Sophie Tavert filmje a november 6-ai próbáról


PROLOGUES DE PARIS
Urban Rabbits, du 20 au 31 janvier 2010
L’homme du dehors et le cloporte
Je regarde une porte.
Je pense à mon père.
Je pense à ma mère.
Je pense au monde.
La porte ne s’ouvre pas.
Avec mon père, ma mère, avec le monde, je reste dehors.
Avec toutes mes pensées, je reste dehors.
Je suis: “l’homme du dehors”. J’imagine que l’intérieur est de l’autre côté, qu’il y fait chaud, qu’il y a de tout, en abondance: du vent, des femmes, des chevaux, de l’eau, des forêts, des villes, du feu et du fer. J’imagine qu’à l’intérieur, ça vaut vraiment le coup de vivre, qu’on y connait l’attente, le soupir, le désir et l’angoisse.
Ici, où je suis -dehors- dans le froid- face à la porte close- rien ne bouge. Autour de moi, l’immobile est roi. L’oiseau se fige, l’arbre est trop vert ou trop sec, le lion n’a pas de proie, le sexe n’existe pas, rien ne se meut, tout est droit, tendu, érigé, comme un monde-phallus où je suis le seul à exister, à la verticale. Il y a la porte. Il y a moi.
Je mange-jedors-je prie. A genoux aussi, je fais caca. Et je regarde la porte.
Mon père est mort quand ma mère est passée de l’autre côté et moi j’ai cette peur terrible: suivre le destin à la trace comme un bon vieux chien de flic, et mourir là, aux pieds d’une porte métallique, les yeux révulsés -overdosé du dehors- mourir sans avoir vu, être mort dehors, n’être plus, nul part.
Dehors, la mort est effrayante.
Je veux retrouver ma mère, passer le seuil, fouler avec elle l’herbe de l’intérieur, être à nouveau dans son ventre, toquer à la porte – ça résonne- j’entre- être courageux, à ce moment-là- naître- lui plaire- ouvrir des yeux neufs- apprendre le tissage des liens.
Je regarde la porte.
Je regarde mon père.
Je regarde ma mère.
Je pense au monde.
J’y pense de toutes mes forces.
Mais la porte ne s’ouvre pas.
La porte du monde ne s’ouvre pas.
Je reste à l’extérieur de moi-même.

Pourtant, mon corps est limpide, le temps s’écroule, la roue tourne, il y a de l’eau au moulin, des choses à se dire, du réel à creuser et le temps de ce creusement, la sensation d’aimer et la secousse de l’amour: le paysage tremblé, l’homme libéré, l’écume de l’être à nu, un cloporte.

La clé est sous la porte.

L’homme à barbe
L’homme à barbe serait effectivement l’homme viril par excellence -le poil dru lui conférant aisance, classe, piquant et un rien de sauvagerie.
L’homme à barbe est pourtant un homme mort. Traqué par ses compagnons de chasse, chassé par ses prédateurs, harcelé par les femelles en rut, il vit une vie de tous les dangers, chaque instant est périlleux -son existence ne tient qu’à un poil- parfois on le rase de nuit, à son insu, sans lui faire mal.
Pour toutes ces raisons, l’homme à barbe est en train de disparaître de la surface planétaire. Comme Superman, MacGYver et Bruce Willis, il se fait rare, se masque, se protège, mène une double vie, privilégie les relations privilégiées, ouvre des comptes en banque, dirige des entreprises, partage son temps entre vie privée et profession d’emprunt, se déguise, rase les murs, se montre à la télé, récolte les médailles, cultive les jardins, les républiques bananières, les secrets d’états, les bananes plantains. Il a quelques nains de jardin, deux ou trois nègres, des domestiques, des tics, des coachs, des tocs, des costards, du fric, du froc, du frac, des devoirs, il a la gniaque, le pouvoir, séduit à tours de bras et regarde le monde de haut en bas.
La barbe a poussé, elle a les dents longues.
Pourtant, sous chaque barbe se cache un homme nu, fragile, un père, un enfant. Il y a aussi des hommes barbus par inadvertance, par style, par peur, des hommes barbus de nature, ou que le chagrin embroussaille, des hommes à la barbe folle, des forêts vierges, des visages en friche, en jachère, des barbes qui sont des terres à elles toutes seules, des terres d’accueil, d’asile, de repli, de mystère.
Tous les hommes à barbe ne sont pas des superhéros ni des hommes de pouvoir.
Il existe, l’homme viril et fragile, qui se tient là, barbu dans l’existence, tendre comme un roseau, profond comme un buisson d’amour.
Mais il faut bien avouer que le cliché de l’homme à barbe est tenace, il a le poil dur. L’homme-hérisson fait peur. L’homme effraie. L’homme avec son bambou entre les jambes, sa semence entre les branches, l’homme tapi au fond de l’homme qui cherche encore sa place, son vrai visage, son vrai nom, sa raison de vivre, cet homme-là si étranger à son propre corps, cet homme-là s’habille pour sortir, se rase et sort.
Est-il prêt à tout recommencer? A sentir fort? A muer? A aimer? A se montrer tel qu’il est? A avoir mal?
S’il est de mauvais poil, s’il pleut, saura-t-il s’adapter?
(à suivre…)
D’abord le chemin. Ensuite, la femme.
J’ai mis ma famille dans mon sac, quelques habits, quelques objets, deux ou trois biscuits et je suis parti. Je ne savais pas où j’allais, mais j’étais parti. J’ai pris un chemin qui tournait, tournait, tournait…

Donc, j’étais sur le chemin. J’étais parti. J’avais choisi de partir sur ce chemin-là car je cherchais une femme. Une femme idéale, pas fade, aux yeux opalins.

Maintenant que j’étais en route, je doutais. Avais-je pris suffisamment d’eau, pour ne pas avoir soif? Les objets que j’avais fourrés en hâte dans mon sac me seraient-ils utiles?  Et mon histoire? A quoi allait-elle ressembler? A n’importe quelle autre histoire?

Je suis un guerrier. Un guerrier en quête d’amour.

La femme dont je rêve existe, j’en ai rêvé.

Si j’ai la force de la trouver, et je l’aurai, je l’épouse. Si elle n’est pas d’accord, pour une raison ou pour une autre, je l’épouse. Si je suis trop fatigué pour lui faire l’amour, je m’endors sur son sein, comme un héros grec.

Mais d’abord: le chemin. Ensuite, la femme.

Créer un monde

Créer un monde, même amputé, créer un monde ensemble, même amputé, créer un monde qui tient sur une seule jambe.

Alors il faut un verre doseur, en verre, une dose d’humour et de sucre. Mettre aussi de la voltige, du vertige, des ailes de papillon, des regards tendres, de la douceur, des bonbons, des choses sucrées et aussi des choses qui sentent bon. Mettre un homme nu qui tourne, un homme dont les parties génitales se balancent doucement comme un pendule, un homme horloge, un homme qui compte les secondes, qui regarde les heures défiler, qui tourne et ne cesse de tourner et soudain qui s’envole.
Un homme qui n’a pas peur de voler car c’est dans sa nature, un homme qui prend son élan pour créer un monde, même amputé, même castré, mais qui se donne tout entier.